Christian Von Wernich
La complicité de l’Église Catholique
lors du génocide vécu en Argentine pendant la période 1976-1983, est de
toute évidence.
Les preuves de tout cela sont entre les
mains de la Justice et à la vue de tous depuis le « Jugement aux
Juntes [militaires] » de cette dictature, connu comme le « Jugement du
siècle ». Cette dictature, « parfaite » dans la conception et l’exécution
des crimes, vivra toujours dans les viscères de l’horreur. Dans la
mémoire incontournable.
Lieutenant Général Jorge Rafael Videla :
« En tant que Commandant en Chef de l’Armée il a fait partie de la Junte
Militaire [triumvirat constitué par les commandants en chef des trois
armes] entre 1976 et 1982. Imputé de privation de la liberté et homicide
en trois occasions, de privation illégale de la liberté réitérée en
seize occasions, de privation illégale de la liberté et tortures
réitérées suivies d’homicides en neuf occasions et tout cela en concours
réel ».
Mais Videla n’a pas été le pire. Tous l’ont
été et surtout l’indifférence de la majorité de la société argentine, d’habitude
lente lorsqu’il s’agit de réagir en faveur de la vie. La documentation
concernant cette galerie de l’effroi abonde.
œuvre de León Ferrari, prix biennal de Venise, entre
autres [1]
Alors ?
Alors, il n’y a qu’une mémoire des
utérus clôturés : ceux des mères qui ont leurs fils assassinés ; et ceux
des mères qui ont enfanté la vie en prison, et dont leurs bébés furent
volés par les criminels.
Alors, il n’y a que des cœurs battants
qui sont ainsi qu’une conscience critique du pays le plus « blond » et
le plus « européen » de l’Amérique Noire. Les cœurs qui n’oublient pas,
sont un hymne dont le chœur est composé des hurlements des mères, pères,
enfants, époux et amants des gens disparus. Des sépultures sans nom. Les
cœurs aux yeux ouverts à chercher la vie au-delà de la mort.
Il est certain que la beauté, comme
synthèse renfermant l’éthique et l’esthétique, représente la lumière
pour les innocents. Il est vrai aussi que la beauté, comme synonyme de
liberté et de révélation, fait peur aux exilés d’aurores ; donc elle
fait peur à la hiérarchie ecclésiastique, celle qui nous menace avec des
enfers et des démons en même temps qu’elle met en œuvre ses propres
enfers et démons.
Mais il faut savoir que les personnes
continuent de disparaître, avec, aussi, ladite nommée « démocratie ».
Julio López, l’un des témoins des
atrocités commises par Von Wernich a disparu le 18 septembre 2006. Sans
euphémismes : il est mort.
Beaucoup de gens disparaissent.... « Grâce »
à la Police, à la faim, au manque de rêves.
Il y a plus de 28 % des personnes (chiffre
« dessiné » par le Gouvernement), qui « vivent » au-dessous de la ligne
de pauvreté absolue... la misère.
La Sécu n’existe pas, la loi n’est qu’un
mot, les médicaments sont mille fois plus chers qu’en France ; le prix
des aliments monte sans limite !
La mort est Présence obligée dans les
rues... tandis que la belle Buenos Aires vit sous l’apparence.
œuvre de León Ferrari
Eh oui… les « porteños » (habitants de
Buenos Aires), sont « blonds », « beaux », « bien habillés », mais....
qu’y a-t-il en dessous ?
Rien d’autre que le désespoir.
Il faudrait en écrire beaucoup.
La vie devrait être plus forte que la
vie.
Les européens devraient savoir que
l’Argentine et l’Amérique Latine ne sont pas une question folklorique,
mais une tragédie.
Me concernant, il
me faut le dire, je n’ai d’autre patrie que l’amour et l’art.